L’usage d’un curieux métier

En 1991, à l’occasion de la publication d’un essai fouillé sur la pornographie, l’anthropologue Bernard Arcand amorçait son ouvrage par ces lignes :

Imaginez le doyen d’une faculté des sciences sociales déclarant que le département d’anthropologie accueillait trop peu d’étudiants pour espérer courir ses frais, et que, de toute manière, l’anthropologie n’était plus vraiment une discipline qui convenait au « monde moderne ». Il fallait donc réagir rapidement : consulter un journal et prendre note de ce qui préoccupait ce « monde moderne » que semblait connaître le doyen. C’était en 1983, et la page que ce journal consacre aux opinions de ses lecteurs accordait alors beaucoup de place aux controverses sur le contrôle politique de la pornographie.

Après 350 pages de savantes dissertations examinant les débats contemporains sur la pornographie, analysant les façades des temples indiens, l’émergence moderne de la pornographie occidentale, les discours bibliques, la pudeur chez les touaregs, le rapport japonais à la masturbation et bien d’autres choses, jusqu’aux mythologies brésiliennes sur le jaguar et le tamanoir, Arcand concluait sur ces lignes :

Finalement, c’est tout cela que mettrait en jeu la pornographie. Somme toute, rien de vraiment nouveau. Sauf peut-être ce qu’il faut pour vous dire, monsieur le Doyen, à quoi peut parfois servir ce curieux métier qui est le mien.

J’ai pensé rappeler ces passages à l’occasion du débat provoqué par la fermeture, par l’Université Laval du programme ethnologie et patrimoine, bien que d’autres programmes d’ethnologie y subsistent.

Bibliographie

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