Quelques mots de Serge Lubin

À la première page de Une place au soleil. Haïti, les Haïtiens et le Québec, Sean Mills rappelle la crise raciste qui a secoué l’industrie du taxi montréalaise en 1983: de nombreux clients exigeaient des clients non-noirs (1), ce qui a amené la compagnie SOS taxi à renvoyer une vingtaine de chauffeurs haïtiens en disant qu’elle ne pouvait pas concurrencer les compagnies qui n’avaient que des chauffeurs blancs. La question a été fortement médiatisée et les associations haïtiennes se sont mobilisé.

Je transcris ici un extrait où Mills donne la parole à Serge Lubin:

Entre autres initiatives, on compte Le Collectif, périodique publié par et pour les Haïtiens actifs dans l’industrie du taxi. Ceux-ci y discutent des détails de leur campagne politique et y publient leurs réflexions sur les arts, la politique et la philosophie. Dans les pages du journal, Serge Lubin soutient que l’enjeu des campagnes politiques qu’ils mènent n’est rien de moins que l’affirmation de leur humanité, la redéfinition de la vie du point de vue des opprimés. Quant à « ceux qui voudront dire que la discrimination raciale est de l’histoire ancienne, écrit-il je les inviterais à regarder ce qui se passe en Afrique du Sud, ou encore plus près de chez nous, dans le sud des États-Unis, ou encore dans notre propre ville, Montréal, pour qu’ils s’aperçoivent que le chemin qui sépare le nègre de la vraie et complète égalité avec les autres races, est encore long et épineux. » Les Haïtiens, affirme-t-il, sont engagés dans la grande lutte des Noirs, partout, afin de trouver leur « place au soleil » .

Ce portrait est malheureusement fort familier. Pour les luttes des femmes comme pour les luttes anti-racistes, rien n’est plus banal chez les réactionnaires que de dire que ce sont des luttes révolues. Sur un point plus positif, je relaierais cette chronique de Ricochet montrant la perpétuation des mécanismes de solidarité dans la communauté haïtienne.

Note:

(1) Il y a quelques années, une personne de l’industrie du taxi m’a rapporté qu’une cliente avait formulé une telle exigence. Le répartiteur avait expliqué la situation, sauté deux chauffeurs noirs (qui normalement devaient avoir les deux prochains appels), jusqu’à ce qu’une personne (ni noir, ni blanc) s’oppose à la démarche et dise que si la cliente ne voulait pas de chauffeur noir, elle n’aurait pas de chauffeurs. N’allons pas croire que le racisme est mort.

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