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	<title>Simona Cerutti &#8211; Carnet de notes cliosophiques</title>
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	<description>Histoire, philosophie et autres</description>
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	<title>Simona Cerutti &#8211; Carnet de notes cliosophiques</title>
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	<item>
		<title>Emic et etic: notes sur un enjeu de méthode</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bernard Ducharme]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 May 2017 00:40:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Historiographie - Méthodologie]]></category>
		<category><![CDATA[Carlo Ginzburg]]></category>
		<category><![CDATA[emic]]></category>
		<category><![CDATA[épistémologie]]></category>
		<category><![CDATA[etic]]></category>
		<category><![CDATA[Kenneth Pike]]></category>
		<category><![CDATA[linguistique]]></category>
		<category><![CDATA[méthodologie]]></category>
		<category><![CDATA[Paul Veyne]]></category>
		<category><![CDATA[Simona Cerutti]]></category>
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					<description><![CDATA[Je m&#8217;intéresse de plus en plus à la distinction méthodologique entre « emic » et « etic ». Comme beaucoup d&#8217;outils d&#8217;analyse, ce sont des concepts que j&#8217;ai découvert chez Carlo Ginzburg, dont les réflexions méthodologiques m&#8217;ont toujours été très utiles parce qu&#8217;elles s&#8217;attachent généralement à des difficultés bien concrètes de la pratique historienne. La distinction entre « emic » et [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Je m&rsquo;intéresse de plus en plus à la distinction méthodologique entre « emic » et « etic ». Comme beaucoup d&rsquo;outils d&rsquo;analyse, ce sont des concepts que j&rsquo;ai découvert chez Carlo Ginzburg, dont les réflexions méthodologiques m&rsquo;ont toujours été très utiles parce qu&rsquo;elles s&rsquo;attachent généralement à des difficultés bien concrètes de la pratique historienne.</p>
<p style="text-align: justify;">La distinction entre « emic » et « etic », Ginzburg l&#8217;emprunte à Kenneth L. Pike, anthropologue et linguiste américain.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Pike souligne qu&rsquo;il y a deux niveaux de langage: celui employé par les acteurs, dans une culture donnée &#8211; c&rsquo;est le côté <i>emic</i> (mot calqué sur <i>phonemics</i>); de l&rsquo;autre, le niveau <i>etic</i> (qui renvoie à <i>phonetics</i>), langage distancié de l&rsquo;observateur ou du chercheur. Ce qui m&rsquo;intéresse au plus haut point dans cette distinction, c&rsquo;est que le chercheur , selon moi, n&rsquo;est pas censé choisir entre ces deux niveaux. C&rsquo;est précisément le rapport entre les deux niveaux qui est important <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-UZ2UUZ5V--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': '126', 'items': '{1779142:UZ2UUZ5V}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Cette distinction affleure différents écrits sur la méthode historique, bien avant Ginzburg ou Pike. Marc Bloch en a fait une intéressante discussion dans son <i>Apologie pour l&rsquo;histoire</i> <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-AEVABGPI--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': 'np', 'items': '{1779142:AEVABGPI}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span><i>. </i>Ainsi, les historiens tendent à toujours être conscients de l&rsquo;existence de deux niveaux de langage, l&rsquo;un provenant de leurs sources, l&rsquo;autre de leurs collègues. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs en prenant appui sur Bloch que Ginzburg entreprend la discussion de ce problème dans le principal article qu&rsquo;il y a consacré <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-N9FG489F--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': 'np', 'items': '{1779142:N9FG489F}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span>. Ce qu&rsquo;apporte la distinction entre « emic » et « etic », c&rsquo;est un vocabulaire qui permet d&rsquo;expliciter, donc de clarifier cette distinction et par conséquent de faciliter la discussion sur cette difficulté méthodologique. Cette difficulté ne se réduit pas à la discipline historique (les anthropologues et les sociologues la connaissent aussi), mais me semble particulièrement aiguë pour les historiens.</p>
<p style="text-align: justify;">Ginzburg explique que le langage <i>etic</i> constitue le point de départ des historiens: ils y formulent leurs questions et profitent de l&rsquo;effet heuristique que produit la distance qu&rsquo;il met entre l&rsquo;analyste et son objet. L&rsquo;objectif de l&rsquo;historien serait d&rsquo;apporter des réponses <i>emic</i> à des questions <i>etic</i>. Le langage <i>etic</i> a d&rsquo;autres propriétés intéressantes: il permet de formuler une critique de ce que le langage <i>emic</i> voile et il permet également la comparaison entre des sociétés employant des langages différents. Il n&rsquo;en reste pas moins que le langage <i>emic</i> véhicule l&rsquo;ensemble des significations qui ont cours dans une société donnée. En ce sens, il demeure l&rsquo;objet premier de l&rsquo;analyse.</p>
<p style="text-align: justify;">Une autre historienne qui utilise explicitement la distinction emic/etic est Simona Cerutti, une interlocutrice de Ginzburg <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-M3U6ZDZA--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': 'np', 'items': '{1779142:M3U6ZDZA}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span>. Cerutti aborde le problème en soulignant que des catégories historiennes préétablies (<i>etic</i>) risquent d&rsquo;occulter la manière dont les acteurs de l&rsquo;histoire comprennent leurs propres actions. Cela se répercute sur la capacité de l&rsquo;historien lui-même de comprendre le passé. Dans son débat avec Ginzburg, Cerutti questionne la nature de la distinction entre <i>emic</i> et <i>etic</i>: s&rsquo;agit-il de procédures d&rsquo;analyses  ou de différents niveaux de réalité? Elle formule le débat ainsi:</p>
<blockquote><p>La question n&rsquo;est pas d&rsquo;établir la légitimité de l&rsquo;une de ces perspectives contre l&rsquo;autre, ni d&rsquo;opposer des orthodoxies analytiques (l&rsquo;<i>emic</i> comme seule dimension légitime). Le problème est plus radical et je le formulerais de cette manière: qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une méthode d&rsquo;analyse « interne » [Cerutti emploi ce terme comme synonyme à <i>emic</i>] et où peut-elle être appliquée? [&#8230;] <i>emic </i>et<i> etic</i> sont-ils deux procédures d&rsquo;analyse &#8211; comme je le pense &#8211; ou bien sont-ils deux <i>contextes</i> (l&rsquo;un étant le contexte le plus immédiat dans lequel émergent les comportements, et où les acteurs <i>activent</i> des modèles culturels; l&rsquo;autre plus distant et plus profond, où les modèles culturels se sont construits)? <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-M3U6ZDZA--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': '156', 'items': '{1779142:M3U6ZDZA}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Aux yeux de Cerutti, la conception qu&rsquo;elle prête à Ginzburg pose problème dans la mesure où elle suppose que <i>emic</i> ne révèlerait que la manière dont les acteurs s&#8217;empareraient de structures et de normes préexistentes, les motifs profonds de leurs actes ne pouvant être saisis qu&rsquo;au niveau <i>etic</i>. En revanche, pour elle, la dimension <i>etic</i> de l&rsquo;analyse se nourrie de la distanciation du chercheur et du comparatisme, tandis que la dimension <i>emic</i>, en s&rsquo;intéressant aux paroles et aux gestes des acteurs, permet d&rsquo;analyser des formations culturelles authentiquement originales et créatives, que ne permettrait pas l&rsquo;analyse <i>etic</i>.</p>
<p style="text-align: justify;">La perspective de Cerutti, bien qu&rsquo;intéressante, ne m&rsquo;a pas entièrement satisfait. D&rsquo;une part, en analysant <i>etic </i>et <i>emic</i> depuis le point de vue de la micro-histoire, elle tend à identifier <i>emic</i> avec une échelle d&rsquo;analyse, celle « au ras du sol » qu&rsquo;utilisent les microhistoriens. Cette perspective risque de faire perdre de vue que la dichotomie <i>etic</i> / <i>emic</i> renvoie d&rsquo;abord à des types de langage plutôt qu&rsquo;à des jeux d&rsquo;échelle. D&rsquo;autre part, elle défend l&rsquo;intérêt d&rsquo;une analyse <i>emic</i> sans expliciter la <i>relation</i> entre <i>etic</i> et <i>emic</i>, l&rsquo;aspect qui avait d&rsquo;abord retenu mon attention chez Ginzburg.</p>
<p style="text-align: justify;">La même Cerutti affine toutefois sa réflexion dans un autre article, où certaines propositions m&rsquo;interpellent davantage. Ainsi, le langage <i>etic</i>  et le langage <i>emic</i> pourraient, chacun, nous protéger d&rsquo;un biais différent: l&rsquo;<i>etic, </i>parce qu&rsquo;il est étranger au langage du rédacteur de la source, nous protégerait contre les biais de son idéologie; mais ce n&rsquo;est pas sans nous exposer à nos propres biais idéologiques, dont l&rsquo;<i>emic</i>, qui nous est étranger pourrait nous protéger: « L&rsquo;anachronisme, il est peut-être utile de le rappeler, n&rsquo;est pas l&rsquo;effet d&rsquo;une lecture des sources menée explicitement à travers les catégories des chercheurs; mais plutôt l&rsquo;attribution, le plus souvent implicite, aux acteurs sociaux de nos propres catégories et de nos propres langages. » <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-932HQLQQ--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': '567', 'items': '{1779142:932HQLQQ}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Un exemple cas  intéressant de relation entre le langage des acteurs et le langage des analystes est fourni par Paul Veyne (qui n&#8217;emploie pas les termes <i>etic</i> et <i>emic</i>): il s&rsquo;agit de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89verg%C3%A9tisme">l&rsquo;évergétisme</a>. Veyne explique que des historiens ont voulu voir dans les pratiques qu&rsquo;on a regroupé sous ce nom, notamment les distributions de pain, des pratiques charitable. Or,</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">les mots de pauvre et de charité sont étrangers au vocabulaire païen: ce sont des concepts juifs et chrétiens; les païens déclaraient agir par munificence ou patriotisme, et les secours d&rsquo;assistance étaient censés être destinés à tous les citoyens: cétait le peuple romain qui avait droit au blé public, « les citoyens » qui étaient envoyés dans les colonies de peuplement. Mais ne soyons pas dupes des valeurs: dans le fait, seuls les citoyens pauvres bénéficiaient du blé et des terres; la phraséologie n&rsquo;en continuait pas moins à dissoudre la catégorie économique des pauvres dans l&rsquo;universalisme civique de la loi. [&#8230;] Les distributions de blé n&rsquo;étaient donc pas exactement, ni ce qu&rsquo;en disaient les valeurs antiques, ni l&rsquo;équivalent de l&rsquo;assistance moderne: elles sont un événement original [&#8230;] l&rsquo;évergétisme: ce concept, inventé par Marrou en 1948, désigne l&rsquo;attitude de la classe gouvernante, composée de gentilshommes terriens qui vivent à la ville et pour qui le gouvernement de la cité est un droit et un devoir d&rsquo;État; aussi se sentent-ils tenus de faire tourner la machine, fût-ce à leurs frais, et de se rendre populaires par leur munificence; au besoin, le peuple savait les rappeler à leur devoir par un charivari. Monuments, amphithéâtres, banquets publics, spectacles du cirque et de l&rsquo;arène…. L&rsquo;intrigue a donc pour sujet le mécanisme qui a fait, de la classe gouvernante païenne, la prisonnière de ses propres privilèges. Cette classe se faisait un devoir de se ruiner pour la cité, car noblesse oblige. Ce qui est une troisième intrigue: la munificence aristocratique; le noble distribue des pensions à ses clients, couche amis et domestiques sur son testament, bâtit un amphithéâtre, protège les arts et les lettres; devenu chrétien, il fait l&rsquo;aumône, libère ses esclaves, embellit la basilique, multiplie les œuvres pieuses et charitables… [&#8230;] On a vu plus haut le paradoxe: en ce qui concerne ces distributions, l&rsquo;idée antique d&rsquo;universalisme civique ne correspond pas aux faits et le concept d&rsquo;évergétisme, qui leur va au contraire (il a été taillé sur eux) date de 1948 <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-DJCG59MI--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': '59-61', 'items': '{1779142:DJCG59MI}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Voilà donc un phénomène social désigné par un mot étranger à la société où il est vécu (pour plus de détails sur sa genèse, cf. <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-FTZS4KX3--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': 'np', 'items': '{1779142:FTZS4KX3}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span>). Il s&rsquo;agit par conséquent d&rsquo;un mot <i>etic</i>. Dans la langue de l&rsquo;époque, une multitudes de mots distincts étaient employés pour désigner le phénomène; un réseau de concepts <i>emic</i>. Ces pratiques pouvaient notamment être rapportées à la grandeur de l&rsquo;homme, sa générosité, sa magnanimité, sa charité. Pourtant, Veyne souligne qu&#8217;employer un terme comme « charité », par exemple, pourrait induire des erreurs importantes dans la compréhension de l&rsquo;histoire, et ne se prive pas d&rsquo;épingler au passage de multiples synthèses de longue durée qui « fabriquent des invariants » artificiels:</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Mais le danger le plus sournois est celui des mots qui suscitent dans notre esprit de fausses essences et qui peuplent l&rsquo;histoire d&rsquo;universaux qui n&rsquo;existent pas. L&rsquo;évergétisme antique, la charité chrétienne, l&rsquo;assistance des modernes et la Sécurité sociale n&rsquo;ont pratiquement rien de commun, ne vont pas au bénéfice des mêmes catégories de gens, ne secourent pas les mêmes besoins, n&rsquo;ont pas les mêmes institutions, ne s&rsquo;expliquent pas par les mêmes motifs et ne se couvrent pas des mêmes justifications; on n&rsquo;en étudiera pas moins l&rsquo;assistance et la charité à travers les âges, de l&rsquo;Égypte pharaonique aux démocraties scandinaves; il ne restera plus qu&rsquo;à conclure que l&rsquo;assistance est une catégorie permanente, qu&rsquo;elle remplit une fonction nécessaire à toute société humaine et que dans cette permanence doit être cachée quelque mystérieuse finalité d&rsquo;intégration de tout le corps social; on aura ainsi apporté sa pierre à l&rsquo;édifice d&rsquo;une sociologie fonctionnaliste. Par là s&rsquo;établissent dans l&rsquo;histoire des continuités trompeuses, des généalogies abusives; [&#8230;] <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-DJCG59MI--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': '128', 'items': '{1779142:DJCG59MI}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">On a pu reprocher à Veyne de tomber lui-même dans le piège des invariants. En effet, dans <i>Le pain et les jeux</i>, sa principale étude sur l&rsquo;évergétisme, il aurait négligé l&rsquo;étude des termes employés dans les langues grecques et latines utilisés pour désigner son objet d&rsquo;étude <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-RCZCGWG5--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': 'np', 'items': '{1779142:RCZCGWG5}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span>. En somme, il aurait oublié, pour étudier son sujet, d&rsquo;étudier les données objectives que fournit le langage des acteurs (<i>emic</i>) pour comprendre le sens des pratiques dans lesquelles ils sont investis. Il ne s&rsquo;agit pas pour ici pour moi de me prononcer sur l&rsquo;approche de l&rsquo;évergétisme, mais de souligner ce qu&rsquo;implique l&rsquo;argument, en tant qu&rsquo;exigence méthodologique: le langage est toujours une données dur problème, même si le chercheur peut légitimement, pour différentes raisons, préférer employer un <i>mot etic</i>. <i> </i>Il reste cependant que le problème soulevé par Veyne est pertinent et parfaitement validé par ses critiques: les mots, si on n&rsquo;y prend pas garde, peuvent communiquer, à l&rsquo;insu du chercheur et du lecteur, des fausses similarités. Plus encore: en croyant employer un mot <i>emic</i>, le chercheur risque, par défaut de vigilance, de l&rsquo;investir d&rsquo;un sens qui lui est étranger, <i>etic</i>. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;analyse peut parfois se trouver clarifiée si on forge un mot <i>etic</i>, qui sera alors un mot de spécialiste, dont on prendra garde à bien baliser l&rsquo;usage, pour éviter les confusions.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, il est un autre avantage au mot <i>etic</i>: celui d&rsquo;échapper aux rapports de pouvoirs dans lesquels les mots <i>emic</i> sont enfermés. Ce point me semble échapper à Cerutti &#8211; à moins qu&rsquo;elle ne l&rsquo;inclut dans les qualités heuristiques de l&rsquo;<i>etic</i>, mais alors elle ne détaille pas cet aspect. Certes, l&rsquo;<i>emic</i> peut apporter des richesses analytiques supplémentaires au chercheur en apportant la perspective des acteurs. En revanche, l&rsquo;<i>emic</i>, comme langage engagé dans l&rsquo;action, est un système de représentation du monde qui témoigne des rapports de force des acteurs en présence <span class="zp-InText-zp-ID--1779142-C5THH4X9-_-1779142-2THWH3GP--wp970 zp-InText-Citation loading" rel="{ 'pages': 'np', 'items': '{1779142:C5THH4X9},{1779142:2THWH3GP}', 'format': '(%a%, %d%, %p%)', 'brackets': '', 'etal': '', 'separator': '', 'and': '' }"></span>. Par exemple, on peut très bien cacher la <i>domination</i> d&rsquo;un patricien sous le couvert de sa générosité ou de son <em>patriotisme</em><i>. </i>Cela oblige à une analyse critique, qui sera apportée  par le langage <i>etic</i>.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rappellerai pour finir un élément incontournable, qui oblige même les plus fervents adeptes du seulement-l&#8217;emic à employer un langage etic, quoi qu&rsquo;ils prétendent: si l&rsquo;<i>emic</i> et l&rsquo;<i>etic</i> désignent la différence entre le langage du chercheur et des acteurs de son étude, l&rsquo;<i>etic</i> est le seul langage qui soit commun au chercheur et à son lecteur. C&rsquo;est donc, dans un cadrage <i>etic</i> que le chercheur finira inévitablement par rendre ses résultats.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bibliographie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
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</p>
<p style="text-align: justify;"><b>La référence que je n&rsquo;ai pas lue, mais aurais dû lire pour écrire ce billet:</b></p>
<p style="text-align: justify;">Kenneth L. Pike, <i>Language in Relation to a Unified Theory of Structure of Human Behavior</i>, The Hague-Paris, Mouton, 2ième ed. revue, 1967.</p>
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