L’appropriation

La notion d’appropriation est à la mode dans le milieu militant. Elle y est cependant rarement définie. Or, dans les sciences sociales qui inspirent les militants, les sens donnés à ce concept sont extrêmement variables. J’en donnerai quelques exemples en espérant qu’ils puissent permettre à quelques-uns de clarifier leurs idées face aux usages de ce terme.

Je reprendrai ici trois définitions du mot, telles que les rapportaient Roger Chartier dès 1982 .

  1. Un premier sens peut être retrouvé chez Michel Foucault, dans les travaux qu’ils consacrent aux discours, notamment L’archéologie du savoir et L’ordre du discours (Chartier reprenant la définition à ce dernier texte). « L’appropriation sociale des discours » désigne « l’une des procédures majeurs par lesquelles les discours sont assujettis et confisqués par les individus ou les institutions qui s’en arrogent le contrôle exclusif ». Par exemple: les psys se sont approprié le discours  sur la folie: leur parole a davantage de légitimité et de poids lorsqu’il s’agit  de parler de la folie que toute autre parole.
  2. La deuxième  provient de la philosophie herméneutique de Paul Ricoeur, dans laquelle elle désigne « le moment où l’ « application » d’une configuration narrative particulière à la situation du lecteur refigure sa compréhension de soi et du monde, donc son expérience phénoménologique. » Si je comprends bien cette définition ampoulée, et je ne suis pas sûr de la comprendre, on pourrait donner pour exemple le moment où un cégépien lit 1984 et fait le lien avec des moments  où il s’autocensure: il applique à sa propre vie un concept introduit par le récit et cela change un peu sa vision du monde.
  3. La troisième définition, inspirée par les travaux de Michel de Certeau (en particulier L’invention du quotidien, t.1: Arts de faire), désigne les « usages et [les] interprétations, rapportées à leurs déterminations fondamentales et inscrits dans les pratiques spécifiques qui les produisent. » En somme, cela signifie que des personnes, en raison de leur expérience et leur éducation particulière, sélectionnent des éléments donnés dans la culture à leur portée, les combinent à leur manière et construisent des sens nouveaux à partir de ces éléments. L’exemple donné par Chartier est Menocchio, meunier frioulan analysé par Carlo Ginzburg, qui a lu des textes de théologies, de géographie ou de poésie, qui n’avaient pas été écrits à l’intention d’un public semblable à lui et construit une représentation du monde très différente de celle des lettrés de son époque. Pour analyser l’appropriation culturelle de s textes, au sens de cette troisième définition, Chartier dit que « L’essentiel est donc de comprendre comment les mêmes textes -e n des formes imprimées possiblement différentes – peuvent être diversement appréhendés, maniés, compris. » Ce qui distingue cette définition de la précédente, c’est que l’appropriation heuristique reconduit le sens initial du fait culturel qu’on s’approprie, alors que l’appropriation « certalienne » produit des sens qui peuvent être nouveaux, distincts du sens initial.

Notons qu’on peut établir des interrelations  entre les différentes définitions proposées. Ainsi, les définitions 2 et 3, si elles sont distinctes, peuvent occasionnellement se recouper. En revanche, les définitions 1 et 3 semblent incompatibles l’une avec l’autre: en s’appropriant un discours, dans le sens foucaldien, un groupe refuse toute légitimité à ce qu’un autre effectue une appropriation de celui-ci, dans le sens certalien. Enfin, puisque la seconde définition n’implique pas d’altération du sens original, on pourrait affirmer qu’elle peut chevaucher le sens foucaldien du terme.

Et puisqu’on y est, on pourrait affirmer qu’en remettant à plat les définitions d’origines, je participe à une appropriation, dans le sens foucaldien du terme, du discours sur l’appropriation, au profit du groupe des chercheurs en sciences sociales, groupe auquel je m’identifie. Certes! encore que je ne pense pas que ce soit tout à fait illégitime, on notera cependant que la démarche entreprise ici invite surtout tout un chacun à expliciter ce qu’il entend par ce terme et offrir quelques repères qui puisse y aider.

Bibliographie:

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Référence que je n’ai pas lue mais aurais dû lire pour composer ce billet:

RICOEUR, Paul, Temps et récit, t.III, Le Temps raconté, Paris, Seuil, 1985.

Quatre autres définitions de Godelier: Ethnie, culture, société et tribu

Décidément, Maurice Godelier est un bon pourvoyeur de définitions. Celles-ci sont, comme les précédentes, issues de son livre Au fondement des sociétés humaines, par ailleurs une excellente introduction à son oeuvre que je recommanderais aussi comme une excellente introduction à l’anthropologie.

Voici donc quatre définitions qu’il donne de concepts stratégiques (la mise en caractères gras est de moi; les italiques sont dans le texte d’origine):

« J’appellerai « ethnie » cet ensemble de groupes locaux se sachant issus d’une même souche, parlant des langues apparentées et partageant un certain nombre de principes d’organisation de la société et de représentations de l’ordre social et cosmique, ainsi que des valeurs communes. »

 J’utiliserais cette définition en en retranchant les « valeurs communes », notion trop floue qui suggère l’homogénéité des valeurs au sein d’une même ethnie, présomption qui me semble éminemment contestable, en particulier dans les sociétés modernes.

J’emploie ici le mot « culture » pour désigner l’ensemble des représentations et des principes qui organisent consciemment les différents domaines de la vie sociale, ainsi que les valeurs attachées à ces manières d’agir et de penser.

 La définition suivante, celle de « société », n’est pas présentée comme une définition, car il s’agit d’un des problèmes abordés dans le chapitre (et plus largement dans le livre). Ces extraits représentent cependant assez bien les traits d’une « société ».

« Un groupe territorial devient une « société » lorsqu’un certain nombre de groupes et d’individus revendiquent de se reproduire ensemble sur un même territoire et se désignent eux-mêmes, à l’intention des groupes voisins, par un grand nom qui recouvre les noms particuliers de leurs clans et lignages de naissance. […] Mais une fois apparu, un groupe territorial nouveau […] doit à la fois se reproduire comme tel, comme un tout, et se représenter à lui-même et se présenter aux autres comme tel, comme un tout. »

 On reconnaîtra dans ce passage la notion de représentation, qui rejoint assez bien celle exposée par Roger Chartier, dont j’ai parlé ici.

Finalement, en voici une sur un terme qui me turlupine pas mal en ce moment:

[…] qu’est-ce finalement qu’une « tribu » ? C’est une société locale (et non une communauté) composée d’un ensemble de groupes de parenté, unis par les mêmes principes d’organisation de la vie sociale, les mêmes modes de pensée et parlant la même langue, liés par des mariages répétés et associés dans la défense et l’exploitation des ressources d’un territoire commun. 

Chez Godelier, la culture permet de comprendre le monde, l’ethnie fournit une identité et la société et la tribu fournissent un accès aux ressources matérielles nécessaires à la survie.

Bibliographie

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Antoine Prost sur Hayden White: un exemple de lecture généreuse

Dans le domaine de la lecture et du débat on se réfère parfois au concept de lecture « généreuse » ou « charitable ». Principe éthique, la lecture généreuse veut qu’avant de discuter d’idées exprimées par un auteur, on doive restituer celles-ci sous leur meilleur jour, avec leur cohérence propre.  Une lecture généreuse permet aussi d’extraire ce qu’il y a de meilleur dans un ouvrage et favorise donc l’exercice de penser collectivement, grâce aux travaux des autres. Notons que l’exigence de restituer la cohérence propre des idées de l’auteur, donc de ne pas les dénaturer, peut parfois entrer en conflit avec l’ambition de les montrer sous leur meilleur jour. En effet, lorsque le lecteur a une idée de ce qui constitue une « idée bonne » trop éloignée de celle qu’a l’auteur, il pourrait être tenté de déformer la pensée de ce dernier pour la faire paraître meilleure à ses propres yeux. Cette tension sera illustrée dans l’exemple suivant.

L’historien Hayden White a mauvaise réputation, dans l’historiographie francophone, parce qu’il a écrit que l’histoire était une « fiction ». Comme moi, la plupart des historiens francophones connaissent White essentiellement par ses critiques. Pour ma part, c’est à travers les écrits de Roger Chartier (rassemblés dans le recueil Au bord de la falaise) que j’en ai eu connaissance. Dans celui qui m’a le plus marqué (« L’histoire entre récit et connaissance »), Chartier rapportait brièvement que White concluait de l’usage de stratégies discursives en histoire qu’il n’y avait pas, ou peu, de différences entre l’histoire et la littérature. Cela m’a immédiatement fait détesté le relativisme de White . Dans un autre article (« Figures rhétoriques et représentations historiques », situé à la suite du précédent dans le même recueil), Chartier aborde plus longuement l’oeuvre de White en soulignant que, d’abord ignorée en France, elle aurait pu permettre d’approfondir un autre débat qui s’y était tenu, autour des thèses sur le récit historique de Paul Veyne. Il y rapporte différents aspects de la réflexion de White, cite les réponses que ce dernier a fait à ses critiques, notamment contre l’accusation de relativisme (s’il estime qu’il n’y a pas de distinction fondamentale entre fiction et histoire, il estime toutefois que l’un et l’autre disent « disent des vérités » et « donnent une connaissance utile » du monde, voir p.138). La lecture de Chartier semble honnête. Toutefois, il ne s’intéresse qu’au prétexte que lui offre l’oeuvre de White pour avancer des arguments épistémologiques. À aucun moment le motif et le plan de l’argumentation de ce dernier ne sont restitués. Les outils d’analyse qu’il emploie sont évoqués sans toutefois être expliqués. Roger Chartier a beau, vers la fin du texte, faire une fleur à White en disant que  son « livre a libéré l’historiographie des bornes sévères dans laquelle la contenait une approche classique tout à fait insensible aux modalités et aux figures du discours, pour cela, il doit être salué et remercié », en terminant la lecture, on a surtout le sentiment d’avoir lu une brillante réfutation et on se dit qu’il ne vaut sans doute pas la peine de lire Metahistory ou Tropics of Discourse.

Toutefois, en lisant Antoine Prost, j’ai modéré mon jugement sur White. Non que Prost soit un relativiste ou qu’il use d’arguments particulièrement forts à la défense de White. Au contraire, conscient de la mauvaise mauvaise réputation de cet auteur, Prost prend plusieurs précautions pour s’en distancier et dire qu’il ne le trouve pas entièrement convaincant. Seulement, au lieu de s’appesantir exclusivement sur ce qu’il y a de critiquable chez White, Prost préfère mettre l’accent sur les outils que ce dernier a façonné et leur utilité pour l’historien.

De la lecture qu’en offre Prost, on peut dire que White offre des outils pour analyser les styles d’écriture des historiens et leurs impacts. À partir de l’analyse de quatre historiens  (Ranke, Michelet, Tocqueville, Burkhardt) et de quatre philosophes (Hegel, Marx, Nietzsche et Croce) traitant de l’histoire, White propose une typologie des écritures historiennes selon trois axes: la mise en intrigue (dont il distingue quatre types), l’argumentation formelle (dont il distingue quatre types) et l’implication idéologique, (dont ils distingue à nouveau quatre types).

4 types de mises en intrigue: romanesque, satirique, comique et tragique

Romanesque: « l’histoire est celle d’un héros qui finit par triompher et faire triompher le bien sur le mal. »

Comique: « des histoires qui se terminent bien; leur dénouement heureux réconcilie l’homme avec l’homme, avec le monde et avec la société »

Tragique: « il n’y a ni victoire d’un héros, ni réconciliation générale. […] tragique est pris ici dans son sens littéraire, où le dénouement de l’histoire est annoncé dès le principe et où l’histoire se donne pour but de révéler la nature des forces en conflit. »

Satirique: « montre l’homme captif de l’univers et non son maître; le lecteur est frustré, car l’histoire et l’explication restent en suspens. »

Quatre types d’argumentation formelle: formiste, organiciste, mécaniste et contextualiste

Formiste: L’histoire « insiste sur le caractère unique des différents acteurs et ce qui les différencie; elle privilégie la couleur, le caractère vivant et divers du champs historique. »

Organiciste: L’histoire est « plus synthétique et intégratrice; elle voit les individus s’agréger pour former des ensembles; l’histoire devient la consolidation ou la cristallisation d’un ensemble préalablement dispersé; elle est orientée ainsi vers un but. »

Mécaniste: L’histoire est « plus réductrice: les faits manifestent des mécanismes, ils obéissent à des causes, voire des lois; les données mettent en évidence ces régularités. »

Contextualiste: L’histoire « cherche à mettre en relation chaque élément avec tous les autres et à montrer leur interdépendance; elle est attentive  à l’esprit d’une époque. »

Quatre types d’implication idéologique: anarchisme, conservatisme, libéralisme, radicalisme (au sens anglo-saxon, et pas directement politique) .

Libéralisme: « Les libéraux pensent l’ajustement des individus à la société au sein d’une relation structurelle stable par le biais d’institutions; ils sont tournés vers le futur, mais reportent l’utopie à un horizon très lointain pour ne pas avoir à la réaliser maintenant. »

Conservatisme: « Les conservateurs pensent l’évolution suivant l’analogie du monde naturel; ils sont davantage tournés vers le passé et se centrent sur l’élaboration progressive de la société présente. »

Radicalisme et anarchisme: « Les radicaux et les anarchistes sont plus enclins à accepter ou à vouloir des changements cataclysmiques, mais les premiers pensent la réalisation de l’utopie imminente, alors que les seconds la voient dans un passé lointain, bien qu’elle puisse se réaliser de nouveau n’importe quand. »

De cette formalisation, White arrive à la conclusion que l’histoire est, au fond, une fiction. C’est cette conclusion relativiste tout à fait excessive qui a fait de lui l’infréquentable qu’il est devenu. Pourtant, rien n’oblige d’adopter les conclusions de White avec ses outils. En effet, l’organisation des faits et des modes d’argumentation ne change rien à la vérité des faits. Par ailleurs, les raisonnements qui en émergent peuvent toujours être opposés les uns aux autres et discutés en termes de mérites comparés ou de complémentarité. Il n’en demeure pas moins que les catégories élaborées par White peuvent précisément servir de repères pour identifier les structures internes des démonstrations proposées par les historiens. De cette manière, ces catégories peuvent être de précieux instruments pour la critique historique. Elles peuvent également servir de vocabulaire pour décrire rapidement l’approche de tel ou tel historien. Par conséquent, elles peuvent remplir une fonction de communication entre ceux qui maîtrisent ce vocabulaire. Enfin, elles peuvent servir à l’historien lui-même qui, à l’heure d’écrire, peut confronter son projet à ces catégories et ainsi éclaircir ce qu’il à l’intention de faire. De cette manière, ces catégories peuvent constituer un instrument d’objectivation de la démarche de l’historien (à l’exact opposé des conclusions relativistes de White). Qu’on en fasse le meilleur tout en s’opposant aux conclusions de l’auteur montre la tension que j’évoquait au début de ce texte entre les deux bénéfices de la lecture généreuse.

Bibliographie

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La référence que j’aurais dû lire, mais n’ai pas lu pour ce billet :

WHITE, Hayden, Metahistory, the historical imagination in the nineteeth-century Europe [1973], Baltimore, John Hopkins University Press, 2000, 448 pages.

Ce qui reste utile…

Au dernier cours que j’ai donné, j’ai pris le temps de dire à mes étudiants que ce qu’ils apprennent en histoire devra être reconstitué après coup s’ils veulent s’en servir après le cours. Se souvenir de ce que j’ai dit en cours n’a aucune valeur s’ils doivent justifier leurs connaissances. Leurs souvenirs des cours peuvent bien leur permettre de briller dans les salons, mais s’ils doivent construire une réflexion en faisant appel à leurs connaissances historiques, s’ils les utilisent dans un débat et qu’elles sont contestées, il leur faudra justifier ce qu’elles disent, c’est-à-dire citer leurs sources.

(J’ai même écrit une petite fable détournant cette note de Boulet pour mon PowerPoint. Elle raconte la transformation d’une intrépide limace étudiant en histoire en timide escargot historien confirmé, lourd de sa bibliothèque et ses références et craintif à l’idée de déménager).

Ce petit discours que je tiens à mes étudiants provient de mon expérience personnelle, que d’autres collègues récemment diplômés (ou encore dans le long tunnel thésard) m’ont confirmé avoir expérimentée également. Après les cours du baccalauréat, on se retrouve avec un savoir dont le statut est incertain. Fréquemment, pendant la maîtrise et le doctorat, on essaie de construire une réflexion sur un sujet donné et on se retrouve à affirmer quelque chose qu’on a entendu lors d’un cours. Ce quelque chose, on l’a toujours tenu pour acquis, voire évident. Et puis on découvre qu’on doit le justifier. On découvre également que « Mme X l’a dit dans tel cours en telle année » n’est pas une référence admise dans le cadre d’un mémoire, d’une thèse ou d’une publication. Or, Mme X n’a pas dit dans quel livre ou dans quel article elle a puisé cette information. Nous sommes ainsi nombreux à avoir longuement (et parfois vainement) cherché à trouver dans la bibliographie telle ou telle information dont nous gardions le souvenir. Écrire au prof? Démarche souvent vaine, parfois il ou elle ne se souvenait pas du propos qui nous avait marqués. Ce type d’expérience marque les limites du savoir acquis lors des cours magistraux. Ces derniers sont utiles pour avoir un portrait d’ensemble et libérer la mémoire de travail de l’étudiant en vue de recherches plus pointues . Ils ne permettent toutefois en soi aucune pratique scientifique de l’histoire, qui n’existe que par le lien entretenu entre l’affirmation et les sources. Ce sont ces dernières, en effet, qui par leur vérifiabilité permettent la critique sur laquelle repose avant tout le statut de l’histoire comme domaine scientifique .

Il y a quelques mois, en fouillant dans mes vieilles boîtes, j’ai retrouvé le matériel de mes études de bac (et même de certains cours de cégep). En en effectuant le tri, j’ai réalisé qu’une partie de ce matériel me paraissait conserver une utilité aujourd’hui, tandis qu’une autre est allée directement au recyclage. Au premier rang des choses inutiles : mes notes de cours. Illisibles. Non seulement ma graphie pressée est épouvantable, mais en plus les symboles utilisés par accélérer la prise de note me sont devenus incompréhensibles. Inutiles également, les quelques copies d’examen perdues dans le tas (surprenant, parce qu’il me semble que la politique est de les conserver comme preuves au département?) : ces examens n’apportent guère d’informations utilisables.

Toujours utiles en revanche, les recueils de textes, en particulier ceux qui reproduisent de bons articles scientifiques avec références. Je réalise avec le temps que beaucoup de ces textes ont eu un impact sur ma façon de voir le monde, même lorsqu’ils étaient de simples prétextes pour des exercices de méthodologie (résumés, comptes-rendus critiques, etc.).

Utiles également, mes anciens travaux de session. Leur qualité est très variable, cela reste le travail parfois « botché » d’un étudiant de bac, mais ils conservent des citations et références parfaitement valables et me permettent de retrouver des éléments de savoir qui m’ont marqué. Et de jeter un regard nouveau et plus mature sur eux.

Utiles, mais à un degré moindre, les plans de cours comportent toujours une section bibliographie grâce à laquelle on peut espérer retrouver quelques références qui ont inspiré le professeur. Le reste du plan de cours peut encore m’être utile, comme modèle, si je dois moi-même préparer un cours, mais cet aspect demeure marginal et ne concerne que peu de gens.

Tout bien pesé, ce qui distingue ce qui reste encore utile de ce qui n’a eu qu’une utilité éphémère tient essentiellement à une distinction classique en histoire, celle qui délimite le territoire de l’histoire-science du territoire de l’histoire-mémoire. Tout ce qui permet de reconstituer des connaissances appartient à la première catégorie. Cette dimension critique permet de séparer le critère de vérité, qui définit l’activité « scientifique », du critère d’affectivité, si important dans le façonnement de la « mémoire » .

Ce critère permet, je crois, d’ouvrir une voie à suivre pour améliorer l’enseignement universitaire de l’histoire : sans jeter le cours de base à la poubelle (l’article de Baillargeon déjà cité permet de comprendre pourquoi), travailler à augmenter le nombre d’outils fournis au fil du cours pour reconstituer les connaissances exposées. Lors de ma dernière charge de cours, j’avais commencé à m’y mettre avec les PowerPoint. En ajoutant à la fin de ces derniers une bibliographie thématique, je permettais à mes étudiants de les télécharger après la fin du cours, fournissant un nouvel outil qui, s’ils le conservent (c’est leur responsabilité), leur permet de retrouver une trace de mes affirmations.

Bibliographie

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